12/09
2014

Un marché qui continue de se structurer

Par THOMAS BAUME – Publié le 
     

Les acteurs de l’assurance affinitaire ont mis du temps à définir les contours de ce type de garanties et à se mettre d’accord sur une définition commune. Aujourd’hui, c’est chose faite. Les premiers chiffres sont enfin rendus publics et le marché s’organise autour d’une fédération.

UNE ATTENTE DE DÉFINITION

Contexte Depuis sa création, l’assurance affinitaire a joué la carte de la différence. Problème, elle ne pouvait se ranger dans aucune des cases prédéfinies par les acteurs de l’assurance classique. Portant à la fois sur des garanties dommages et des assurances de personnes, cette typologie de solutions est transversale par nature et ainsi difficilement identifiable.

  • 1,052 Md€ « À ce stade de la collecte, le volume de primes dégagé sur ce segment par les compagnies d’assurances s’élève à 1,052 Md€. En termes de répartition, ce sont les produits nomades qui occupent 48% des primes, soit 500 M€. »
  • 420 M€ « Au sein des produits nomades, la téléphonie mobile représente une part largement majoritaire. À ce jour, c’est un marché qui s’élève à 420 M€. »
  • 385 M€ « D’autres produits sont représentatifs des solutions affinitaires délivrées sur le marché français. C’est le cas des solutions cartes bancaires et assurances moyens de paiement qui pèsent à elles seules 385 M€. »
  • 800 M€ « Le marché de 1 Md€, évalué précédemment, ne prend pas en compte les extensions de garanties qui sont incluses dans une prestation de services, qui sortent en effet du champ assurantiel classique. Ce marché est estimé à 800 M€. Une somme au niveau de laquelle le monde de l’assurance française participe à hauteur de 68 M€. »

Réponse du marché Les acteurs de l’assurance affinitaire (courtiers, assureurs et distributeurs) ont décidé de créer une fédération des garanties et assurances affinitaires et partagent désormais, avec le groupe de travail affinitaire formé par la FFSA, une définition commune. Pour eux, est considérée comme affinitaire, toute garantie d’assurance, d’assistance ou service accessoire en lien avec l’univers d’un produit ou service présenté par un distributeur non-assureur et qui n’est pas le motif principal d’achat du client.

Bémol Cette définition n’emporte pas réellement le consensus auprès de tous les acteurs du monde de l’assurance affinitaire, notamment ceux opérant au niveau du risque d’entreprise, qui parlent davantage de démarche et de vision affinitaire intervenant à partir du moment où un groupement d’individus a un intérêt commun. Tel est le cas d’Ace ou encore d’Aon, qui mettent réellement en exergue la notion d’affinité.

UN MANQUE DE CHIFFRES

Contexte Depuis près de deux ans, la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) travaille à collecter les données liées à l’univers de l’assurance affinitaire. Des travaux qui tardent à montrer l’étendue de ce marché, un segment dont tout le monde parle mais dont finalement personne ne connaît le réel potentiel.

Réponse du marché Le groupe de travail de l’assurance affinitaire formé par la FFSA vient d’officialiser ses premiers chiffres à l’occasion de la conférence « assurances affinitaires » de L’Argus de l’assurance. À ce stade, il estime le volume de primes dégagé sur ce segment par les compagnies d’assurance à 1,052 Md€. « Au niveau du groupe de travail, nous avons pris la décision d’avoir une analyse fine sur le marché de l’assurance affinitaire. Pour autant, il s’agit d’une estimation à date, il nous manque encore quelques données émanant de certains acteurs », tempère David Porterie, président du groupe de travail assurances affinitaires de la FFSA et directeur exécutif des risques particuliers Europe de l’Ouest d’AIG.

Bémol Les chiffres recensés par la FFSA ne concernent que l’univers du risque particulier. De plus, ces premiers résultats ne prennent pas en compte les extensions de garanties qui sont incluses dans une prestation de services, sortant ainsi du champ assurantiel classique. Or, les extensions de garanties de ce type représentent pourtant près de 800 M€.

Nous avons pris la décision de nous organiser et de proposer un label privé, basé sur une matrice commune d’analyse associée à des spécificités liées à la filière ou au segment. Même si le premier produit labellisé tarde à venir, un certain nombre de contrats sont en cours d’analyse. Il n’y aura aucun assouplissement des règles d’exigence fixées initialement pour le label. Nous prenons nos responsabilités et nous nous organisons en conséquence. Ce label devrait ainsi permettre au consommateur d’avoir accès à des garanties et exclusions claires, visibles et lisibles, et ce afin de lui offrir un outil de comparaison utile.

Patrick Raffort, président de la FG2a

DES POLICES À ÉCLAIRCIR

Contexte Dans son rapport 2013, le médiateur de la FFSA, Francis Frizon, pointe notamment du doigt les dérives de l’assurance affinitaire. Il met en exergue, depuis 2010, une augmentation de 900% des réclamations concernant les assurances dommages collectives regroupant principalement des solutions plus communément appelées produits affinitaires. « Prétendre expliquer cette augmentation spectaculaire par la seule croissance du marché est pour le moins insuffisant, la source des conflits se situant à tous les niveaux : présentation du produit, gestion du contrat et des sinistres », expliquait-il en 2013. Les réclamations recensées mettent principalement en cause les garanties liées aux dommages accidentels (52% des dossiers) et au vol (44%). Selon le médiateur de la FFSA, « de nombreuses garanties de ce type sont difficilement mobilisables en raison d’une interprétation très restrictive des clauses des contrats ».

Réponse du marché Au-delà du recensement chiffré, le groupe de travail dédié à l’affinitaire de la FFSA a également planché sur un référentiel abordant le vocable utilisé par les acteurs assurantiels dans le cadre de ces contrats dits « de poche ». « Il était important de trouver des définitions communes au niveau des événements que nous sommes susceptibles de prendre en charge », lance David Porterie. Les membres de la FFSA ont ainsi travaillé sur des définitions exactes, communes et utilisant un vocabulaire « simplifié, accessible et permettant au consommateur d’avoir un repère » d’événements tels le vol à la sauvette ou par agression, la casse ou encore les dommages accidentels. Ce référentiel sera prochainement mis à disposition des compagnies d’assurances.

Bémol Certes mis à disposition du marché, ce langage commun n’est cependant pas imposé aux compagnies ou autres acteurs. Pour autant, malgré cette portée limitée il devrait permettre d’améliorer la qualité des services proposés par les assureurs.

Nous prenons bien en considération la création de ce label qui est, en effet, la preuve que les acteurs du monde affinitaire essaient de s’organiser. Un problème persiste néanmoins, ce label ne renseigne pas sur les cas où ces assurances ne sont que partiellement utiles, voire totalement inutiles pour le consommateur final. Il ne vient pas non plus répondre aux problématiques d’assurances décrites comme doublons de celles déjà existantes. Pour être totalement efficace, ce label devrait donc permettre aux consommateurs de voir au premier regard quelles sont les garanties complémentaires apportées – allant ainsi au-delà de produits standards déjà à disposition des assurés.

Maxime Chipoy, responsable du service des études de l’uFC Que Choisir

UN LABEL POUR GAGNER EN CRÉDIBILITÉ

Contexte Plusieurs fois mis sur le grill par les associations de consommateurs, l’UFC Que Choisir et la CLCV en tête, les assurances affinitaires devaient impérativement trouver un moyen de gagner leurs lettres de noblesse aux yeux des consommateurs.

Réponse du marché La profession s’est donc organisée en créant, en 2012, la Fédération des garanties et assurances affinitaires (FG2A) regroupant courtiers, assureurs et distributeurs sous une même bannière. L’un des objectifs affichés est l’autorégulation des acteurs de l’assurance affinitaire afin d’anticiper, voire précéder, toute velléité de contrôle extérieur. Pour démontrer leur volonté de s’organiser et de se structurer, les adhérents de la FG2A décident de lancer leur propre label qualité. Présenté le 11 octobre 2013, ce label est supervisé et validé par le cabinet d’audit Bureau Veritas de manière complètement indépendante. Particularité, l’audit, orchestré dans le cadre des nouveaux produits affinitaires, concernera l’ensemble de la chaîne assurantielle et portera donc sur la conception du produit en passant par la gestion et la distribution finale.

Bémol Un an après le lancement officiel, le premier produit labellisé tarde à venir. Du côté des associations de consommateurs, on reste vigilant à propos de ce fameux label qui doit encore démontrer sa véritable valeur ajoutée.

L’assurance fuite d’eau assignée au tribunal

Même si certains acteurs de l’assurance affinitaire considèrent l’assurance fuite d’eau comme une activité marginale sur le marché français, il n’en demeure pas moins qu’elle s’est attiré les foudres des associations de consommateurs. Une mauvaise publicité pour l’univers affinitaire. En effet, après l’UFC Que choisir en 2013, c’est au tour de l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) de taper du poing sur la table en ce qui concerne l’assurance fuite d’eau.

Sur la sellette, les clauses abusives
Cette fois-ci, c’est devant les tribunaux que va se jouer la partie. L’association a assigné en justice les fournisseurs d’eau Lyonnaise des eaux et Veolia eau, leurs partenaires techniques ainsi que leurs courtiers, tels Doméo, Aquazen et SPB. « Au départ, nous étions focalisés sur le droit de la consommation. Par la suite, nous nous sommes penchés sur le droit des assurances. C’est notamment là que le bât blesse. Ainsi, et pour ne citer qu’un seul exemple de clause contestée, la clause concernant la durée de garantie de la réparation effectuée. Dans la plupart des contrats en question, elle n’est que d’un an, alors que le code des assurances étale la validité de cette couverture sur deux ans », détaille François Carlier, délégué général de la CLCV. L’association dénonce également « l’effet limité de ces assurances », notamment depuis que différentes dispositions apportées par la loi Warsmann viennent « protéger davantage les consommateurs contre les factures d’eau jugées trop importantes ». Des accusations qui ne sont pas du goût d’un des courtiers assignés. Alors que le groupe havrais SPB n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, Doméo, lui, a décidé de donner sa version des faits. Concernant les clauses abusives, cette mise en cause est, selon le courtier-assisteur, « non fondée ». « Nous prenons en compte les besoins et les attentes de nos clients. Nous avons notamment simplifié notre gamme de produits avec des couvertures prenant en compte la typologie de risques plutôt que l’installation technique et la prise en charge systématique de risques forts, comme la fuite sur chasse d’eau, autrefois en option. Nous avons également adapté nos couvertures aux nouveaux droits du consommateur, dans le cadre de la loi Warsmann », conclut Céline Montelimard-Dessard, directrice juridique et conformité chez Doméo. Affaire à suivre pour le marché…
T. B.

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