24/04
2014

Interview avec Patrick Raffort, Président de la Fédération des Garanties et Assurances Affinitaires (FG2A) 

Publié dans Challenges – du 18 au 24 avril 2014 – Abdelfettah Alami

Une capacité d’innovation importante. lire l’article complet

Challenge : Les assurances affinitaires sont peu ou pas du tout connues au Maroc. Pourriez-vous nous en donner une définition, le contenu des garanties et quel potentiel de développement, aujourd’hui, en France et en Europe ?

Patrick Raffort : Toute garantie d’assurance, d’assistance ou service accessoire en lien avec l’univers d’un produit ou service et qui n’est pas le motif principal d’achat du client peut être considérée comme affinitaire. L’émergence des assurances affinitaires en France et en Europe est étroitement liée à la diffusion des cartes bancaires et des appareils électroménagers, dans les années 70. Puis, dans la fin des années 90, le marché des assurances affinitaires a connu un développement des nouvelles technologies et l’apparition de nouveaux modes de consommation (développement des achats sur le Net, des loisirs, etc…). Les types de produits les plus commercialisés aujourd’hui sont ceux couvrant les équipements électroménagers, le high-tech, les voyages, les produits bancaires et de prévoyance, et les extensions de garantie automobile. Bien qu’il n’existe pas de chiffre d’affaires consolidé de la filière à ce jour, nous estimons qu’il est d’environ 3 milliards d’euros par an, pour le seul marché français. Ce marché s’appuie sur une capacité d’innovation importante, en lien direct avec les usages et les attentes des consommateurs. Il est donc amené à connaître encore un fort développement.

C : Quel est le cadre réglementaire auquel obéissent la souscription et la distribution de ce genre de contrats ? Quel est le statut des membres de Fédération (intermédiaires d’assurances, démarcheurs, etc.)? Le code des assurances leur est-il applicable ? 

P R : Le marché des assurances affinitaires bénéficie d’un cadre réglementaire précis et complet, encadré par des autorités de contrôle particulièrement attentives à l’application et au respect de ces règles. Tous les membres (assureurs, courtiers, sociétés de services, distributeurs…) qui participent directement à la vente d’un produit d’assurance sont soumis à cette réglementation. Si la grande majorité des produits relève de la législation des assurances, certains produit affinitaires relèvent toutefois des contrats de service non soumis au code des assurances.

C : Les modalités de calcul des tarifications et de commissionnement pour ce genre de garanties sont-elles similaires à celles applicables aux produits d’assurances classiques ? 

P R : Les schémas de tarification relèvent des mêmes principes que ceux utilisés dans les autres branches de l’assurance, notamment par la prise en compte du taux de fréquence et du coût moyen de sinistre. Le taux de commissionnement est quant à lui différent car il s’adresse à des non-professionnels de l’assurance qui ont des coûts de distribution et de rémunération des vendeurs souvent plus élevés.

C : Dans la pratique, comment opèrent les assureurs pour la commercialisation des assurances affinitaires ? 

P R : Les assureurs doivent s’appuyer sur des courtiers spécialisés, qui disposent d’une connaissance précise des processus de distribution de masse. 

C : La perception des Français pour ce genre de produits n’est pas réjouissante; en témoignent les résultats du sondage effectué par l’institut CSA, d’ailleurs à l’initiative de votre Fédération affirmant que 70% des français jugent que ces assurances sont «proches de l’arnaque». Cas aussi de l’étude UFC Que Choisir où il a été insisté sur la mauvaise réputation de ces produits (inutiles ou superflus, offres chères, peu transparentes, intégrant trop d’exclusions, difficiles à résilier, etc.) Quelle est votre réaction ? 

P R : Il est vrai que l’assurance affinitaire véhicule beaucoup d’a priori. Créée il y a deux ans sur le constat d’accompagner les nécessaires évolutions de la filière en structurant son activité et son développement dans une démarche vertueuse, la FG2A est déjà forte d’une quarantaine d’entreprises membres. Ses missions principales sont de fédérer et responsabiliser l’ensemble des acteurs (assureurs, courtiers, assisteurs, sociétés de services, distributeurs), garantir l’éthique de la profession en introduisant des bonnes pratiques, établir une relation de confiance pérenne avec le consommateur et valoriser les produits affinitaires de qualité. L’étude menée par l’institue CSA en décembre 2012 montre que, si 81% des Français déclarent avoir déjà souscrit une assurance ou une garantie affinitaire, seuls 30% en ont une image positive. Mais cette même étude révèle aussi que, pour 65% des sondés, la création d’un label qualité serait de nature à améliorer l’image des assurances affinitaires. Ce dernier point est donc venu conforter la FG2A dans sa démarche de création d’un label qualité, engagée dès septembre 2012.

C : Justement, qu’en est-il du projet de labellisation de ces garanties entamée par votre Fédération pour redorer le blason pour ces produits ? 

P R : Le label, attribué pour une durée de 3 ans et contrôlé annuellement, est strictement encadré par le Bureau Veritas Certification, leader mondial de la certification. Sa création constitue une étape majeure de la reconnaissance de l’ensemble des métiers qui composent la filière des assurances affinitaires. Les contrats d’assurance et de service devront satisfaire l’ensemble des exigences du référentiel, après un strict contrôle des critères imposés et un audit complet de l’ensemble des acteurs participant au produit à labelliser. Concrètement, la labellisation des produits s’inscrit dans une démarche volontaire. Une fiche d’information accompagnera le produit dans les linéaires de présentation, sur le lieu de vente. Les garanties et exclusions y seront très clairement précisées. On y trouvera également les contacts utiles (numéro de téléphone, adresse postale et mail) nécessaires au souscripteur. Elle devrait donc permettre au consommateur de faire un choix éclairé. (Ajoutons que les produits labellisés seront assortis d’un délais de rétractation de 14 jours – ce qui lui permettra de prendre le temps de comparer les offres entre elles), et que les vendeurs bénéficieront de formations spécifiques et devront appuyer leur argumentaire sur une documentation normalisée. Par ailleurs, le Bureau Veritas Certification ayant en charge l’audit des procédures de gestion, sera à même de garantir des délais précis d’intervention. Enfin, les premiers produits labellisés devraient être commercialisés dans les prochains mois. 

C : La FG2A compte en son sein une majorité de membres opérateurs dans ce secteur des assurances affinitaires et disposent de nombreux partenaires en Europe. Le Maroc pourrait-il constituer, pour vous, un nouveau centre d’intérêt et comment ? 

P R : La FG2A compte effectivement trois opérateurs parmi les principaux acteurs de la téléphonie française, mais aussi d’autres sociétés présentes dans la grande distribution, y compris bancaire. Le développement de l’assurance affinitaire est intrinsèquement lié à quatre facteurs : économique (que le niveau de PIB par habitant soit suffisant, que les besoins primaires soient satisfaits et que la distribution spécialisée soit également structurée), législatif (que la réglementation permette la distribution des produits d’assurances affinitaires dans de bonnes conditions), technique (qu’une offre d’assurance – assureur, courtier, gestionnaire,, etc.. – Soit disponible) et humain (que le consommateur soit suffisamment appétent aux risques). Le Maroc semble réunir l’ensemble de ces critères. Cependant, une analyse plus en profondeur permettrait de définir si le marché est aujourd’hui suffisamment mûr pour accueillir une diffusion à grande échelle d’assurances et de garanties affinitaires. Pour ce faire, la FG2A se tient naturellement à la disposition des décideurs marocains pour les accompagner dans le développement vertueux de leur activité, tout en demeurant attentive à l’intérêt des consommateurs.

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