23/04
2014

Assurances affinitaires : un potentiel au Maroc et en Afrique 

Publié sur le site Argus de l’assurance – Par Anne Lavaud Rédactrice en chef publié le 23 avril 2014

A l’occasion des Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, une table ronde a tourné autour de la question de l’assurance affinitaire, pour conclure à l’existence d’un potentiel au Maroc et en Afrique. Retour de témoignages.

Certes, l’assurance affinitaire s’est développée depuis une trentaine d’années parallèlement à l’accroissement du niveau de vie dans les pays matures, mais le caractère rapide, agile, réactif et innovant de ce mode d’assurance semble répondre aux préoccupations de tous les pays, quel que soit leur contexte socio-économique. «Le lien classiquement étroit entre la croissance du pouvoir d’achat et l’assurance affinitaire est mis à mal par certaines expériences réussies, déployées dans des pays ne répondant pas à ces critères», souligne Patrick Raffort, président de la FG2A, qui cite en exemple l’existence d’une assurance prévoyance affinitaire liée à un abonnement de téléphonie mobile à Madagascar. En fonction de la durée de l’abonnement, le souscripteur bénéficie d’un système de prévoyance bonifié.

L’ATOUT SOUPLESSE

Ghassan Wazen, vice-président et directeur général de Ace Egypt, renchérit alors en évoquant l’expérience rencontrée par son groupe en Espagne, dès le début de la crise, en 2008 : «Alors que notre activité affinitaire avait été multipliée par 10 dans les années 2000, la crise risquait de mettre à mal le modèle. Or, nous avons constaté que ces périodes troublées étaient plutôt favorables à l’assurance, car elles exacerbent le besoin de protection. Résultat, nous avons ajusté le montant des primes à la baisse afin de conserver nos clients et éviter les résiliations sèches.» Mission accomplie.

TEST & LEARN

L’assurance affinitaire permet cela, car elle sait être au plus près des consommateurs et agir vite pour suivre l’évolution rapide des comportements. «Cette créativité est due à l’intervention du marketing du produit principal dans la réflexion de l’assureur, ce qui le pousse à sortir des schémas préétablis», estime pour sa part Eric de Longcamp, associé-gérant du cabinet de conseil QMCO, qui ajoute : «Le caractère atomisé de l’assurance affinitaires, l’immédiateté du sinistre et la durée relativement limitée des garanties favorisent les expériences, même sans bases statistiques importantes.» Le fameux test & learn propre aux start-up prendrait ainsi du service dans les compagnies d’assurances.

HORS CADRE JURIDIQUE

Mais attention, cette créativité doit s’exercer dans un cadre juridique. Or, selon Pierre Bichot, avocat spécialisé en droit des assurances«l’assurance affinitaire est un véritable casse-tête, un OJNI, objet juridique non identifié !» Il s’en explique, précisant que le cadre dans lequel s’exerce l’assurance affinitaire (un souscripteur non assuré souscrit un contrat cadre auprès d’un assureur pour le compte de personnes qui viendront adhérer ultérieurement à ce contrat) n’est pas un contrat d’assurance «parce qu’il n’en réunit aucun des éléments constitutifs. Et pourtant, les codes des assurances marocain et français le qualifie de contrat d’assurance, obligeant le juriste à appliquer à un contrat cadre de distribution le régime juridique d’un contrat d’assurance». Un casse-tête. Sans compter que l’assurance affinitaire est un produit sans frontière, une caractéristique que les pays qui l’initient doivent introduire rapidement dans leurs réflexions, en prévoyant, par exemple, des accords panafricains.

UNE VRAIE PÉDAGOGIE À L’ASSURANCE

«Néanmoins, l’assurance affinitaire peut être une première marche vers l’appétence aux risques et à leur gestion», répond Patrick Raffort à la question du potentiel pédagogique de l’assurance affinitaire et à l’accompagnement qu’elle pourrait offrir à l’assurance «classique». Une opinion partagée par Ghassan Wazen, qui souligne que le faible montant des primes «permet d’expliquer le principe même de l’assurance et pourrait accroître le taux de pénétration dans des pays très faiblement équipés».

QUE DE COMMISSIONS !

Reste que la cascade de relations B to B to B to C, sans compter le «B» de la réassurance, déclenche des commissions elles aussi en cascade. Ainsi, lorsque le taux de commission de 70 à 80% est annoncé depuis la tribune de cette table ronde, les murmures de l’assistance se transforment en brouhaha. Jusqu’à ce que Patrick Raffort le fasse taire en affirmant que «la vente d’assurance affinitaire relève de la distribution de masse qui mobilise du temps et du personnel, nécessitant plutôt de raisonner en marge nette  qu’en pourcentage de commission». Cependant, ce langage de vérité ne trouble qu’assez peu les participants aux Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, qui redoublent de questions et d’intérêt pour l’assurance affinitaire, même lorsque l’un d’entre eux évoque la mauvaise cote que les Français lui réservent.

Voir l’article complet

Partager :